Sommaire
  1. Les trois revers en un coup d’œil
  2. Le vocabulaire du revers
  3. Le revers cranté
  4. Le revers en pointe
  5. Le revers châle
  6. Quelle largeur de revers
  7. La boutonnière du revers
  8. Quel revers pour quelle veste
  9. Ne pas confondre
  10. Les erreurs qui trahissent

Définition

Le revers est la partie du devant de la veste qui se rabat vers l’extérieur et prolonge le col jusqu’au premier bouton. Il existe trois types de revers. Le revers cranté, entaillé d’une encoche en V, est celui du costume de ville. Le revers en pointe, dont les pointes montent vers l’épaule, est plus habillé et de règle sur la veste croisée. Le revers châle, une courbe sans cran, appartient au soir. Sur un smoking, seuls la pointe et le châle sont dans la règle.

Avant la couleur du costume, qui situe l’heure et le lieu, et avant le tissu, le revers dit à quel moment de la journée une veste appartient. Chacune de ses trois formes vient d’un vêtement précis, et cette origine explique encore aujourd’hui où on la porte (la chronologie des codes du costume masculin les replace dans leur siècle).

Les trois revers en un coup d’œil

Schéma de trois vestes vues de face : revers cranté avec col, cran, gorge et boutonnière légendés ; revers en pointe dont la pointe monte vers l’épaule ; revers châle en courbe continue sans cran.
Les trois revers vus de face : le cranté et son encoche entre col et revers, la pointe qui monte vers l’épaule, le châle en courbe continue. La boutonnière se place sur le revers gauche. · Photo: Les trois revers d’une veste, La rédaction de Tenue de Rigueur, Propriété de l’éditeur

Le tableau se lit du moins formel au plus réservé.

Revers Ce qu’on voit Formalité Origine Où le porter
Cranté une encoche en V entre le col et le revers la plus courante, la moins formelle le haut d’un vêtement fermé jusqu’au cou, qu’on rabattait costume de ville, veste droite, blazer, mariage de jour
En pointe des pointes qui remontent vers l’épaule, au-dessus du col plus habillée les vêtements de cérémonie, habit et jaquette veste croisée, costume habillé, jaquette, habit, smoking
Châle une courbe arrondie et continue du col au bouton, sans cran le soir seulement la smoking jacket victorienne, veste d’intérieur smoking, veste de dîner

La règle qui découle du tableau : le cranté est un revers de jour, la pointe passe du jour au soir, le châle ne sort que le soir.

Sur les tenues de cérémonie, la règle se resserre. L’habit du soir porte des revers en pointe parementés de soie. La jaquette, tenue de cérémonie de jour, a le plus souvent des revers en pointe depuis qu’elle est devenue une tenue habillée. Le smoking admet la pointe ou le châle, toujours couverts de soie. Le cranté n’apparaît sur aucune de ces trois tenues dans leur forme classique.

Le vocabulaire du revers

Cinq mots du tailleur suffisent pour lire la construction d’une veste d’homme.

  • Le col : la bande de tissu qui fait le tour de la nuque et se rabat sur l’épaule.
  • La gorge : la couture de jonction entre le col et le revers. La hauteur de gorge compte : une gorge haute, près de la clavicule, allonge le buste ; une gorge basse l’alourdit.
  • Le cran (ou encoche) : l’angle ouvert entre le bout du col et le haut du revers. Le revers en pointe et le châle n’en ont pas au sens strict.
  • Le roulé : la souplesse du pli du revers, de la gorge au premier bouton fermé, qui règle l’ouverture de la veste sur la chemise. Un revers bien roulé tombe en courbe ; un revers écrasé au fer reste plat comme un carton.
  • La parementure : la soie qui recouvre les revers d’une veste du soir, smoking ou habit.

À l’atelier, demandez : où tombe la gorge, et jusqu’à quel bouton roule le revers ?

Le revers cranté

C’est le revers de la plupart des costumes et des vestes droites, du bureau au mariage de jour. On l’appelle aussi « revers à cran » ; les Anglais disent notch lapel, et les Britanniques step lapel.

Sa forme. Le col et le revers se rencontrent en formant une encoche en V. L’angle et la hauteur de ce cran changent d’une veste à l’autre, la logique reste la même.

Son origine. Le cranté est le premier revers apparu. Il vient des vêtements qui se boutonnaient jusqu’au cou : à l’intérieur ou quand il faisait chaud, on défaisait le haut et on le rabattait. Le rabat est devenu une partie fixe de la veste.

Sa formalité. C’est le revers le moins formel des trois. Il habille un costume de ville, un blazer, une veste dépareillée. Il ne convient pas à un smoking : sur une veste du soir, un cranté signe un costume noir déguisé.

Le revers en pointe

Ses pointes s’élèvent au-dessus du col et filent vers l’épaule, ce qui donne plus de présence à la poitrine et élargit la ligne de la carrure. Les Anglais disent peak lapel.

Son origine. On le trouve sur tous les vêtements de cérémonie : l’habit à queue-de-pie et la jaquette. Il en garde le rang.

Sa formalité. Plus habillé que le cranté, il est de règle sur la veste croisée (à double boutonnage), où ses pointes prolongent la diagonale du boutonnage (voir quels boutons fermer sur une veste croisée). On le voit sur l’habit, sur la jaquette, la tenue de cérémonie de jour, et sur le smoking, où il est parementé de soie.

Sur une veste droite. Le revers en pointe sur une veste à un rang de boutons a connu sa grande vogue à la fin des années 1920 et dans les années 1930. C’est un détail délicat pour le tailleur, plus difficile à couper qu’un cranté : les pointes doivent rester plates et nettes.

Ce qui se fait aujourd’hui : une veste droite à revers en pointe passe pour un costume habillé, sans être une tenue de cérémonie.

Le revers châle

Le col et le revers ne forment qu’une seule pièce, une courbe continue de la nuque au bouton, sans cran ni pointe. Les Anglais disent shawl lapel.

Son origine. Il vient de la smoking jacket victorienne, la veste d’intérieur en velours ou en soie qu’on passait après le dîner pour fumer. On le retrouve sur les vestes de mess militaires, la tenue de soirée des officiers.

Sa parementure. Sur une veste du soir, le revers châle est recouvert de soie : satin, qui brille, ou gros-grain, à fines côtes mates. Le même tissu couvre les boutons.

Sa formalité. Le châle est un revers du soir. Sur le smoking, avec ses revers parementés de soie, il est aussi correct que la pointe ; sur une veste de jour, il est hors de propos.

Quelle largeur de revers

La largeur suit la mode autant que la morphologie. Les revers ont été très larges dans les années 1930 et 1970, très étroits à la fin des années 1950 et dans les années 1960. Une veste se date souvent à son revers.

La règle de proportion tient en une phrase : le bord du revers s’arrête un peu avant la moitié de la distance entre le col et la ligne d’épaule. Une carrure large appelle un revers plus large ; une carrure étroite, un revers plus fin. C’est une affaire d’équilibre et de morphologie, plus que de tendance. En costume sur mesure, la largeur se fixe à l’essayage, avec la hauteur de gorge et la carrure.

5 à 6,5 cm
revers étroit, silhouette mince
7 à 8,5 cm
revers courant
9 cm et plus
revers large, carrure large

Ces repères d’atelier se mesurent au plus large du revers. Ils ne font pas une norme : c’est l’équilibre avec l’épaule qui décide.

La cravate suit le revers. Une cravate de la largeur du revers, sur une chemise au col proportionné, garde l’ensemble cohérent ; une cravate fine sous un revers large paraît perdue.

La boutonnière du revers

Sur une veste droite, le revers gauche porte une boutonnière, au niveau de la poitrine. Les vestes croisées en ont souvent une de chaque côté, par symétrie.

Rose rose et feuillage portés du côté gauche d’une veste de costume grise
Une rose et son feuillage portés du côté gauche d’une veste grise : la place de la fleur du marié et des hommes du cortège. · Photo: Fleur à la boutonnière du revers, Bradley Pisney, Unsplash License

D’où elle vient. C’est le vestige du temps où la veste se boutonnait jusqu’au col : à la fin de l’époque victorienne, des redingotes portaient encore une rangée de boutonnières sur le revers, inutiles depuis longtemps.

À quoi elle sert. À tenir une fleur. Une petite bride, cousue au dos du revers, retient la tige. C’est la place de la boutonnière du marié et des hommes du cortège, une fleur à la fois sobre et visible.

Quel revers pour quelle veste

  • Pour un premier costume de ville

    un revers cranté de largeur moyenne, qui ira partout de jour.

  • Pour un costume croisé

    le revers en pointe, qui suit la diagonale des boutons.

  • Pour un smoking, sur un carton « cravate noire »

    pointe ou châle, parementés de soie ; jamais de cranté.

  • Pour un marié en jaquette

    le revers de la jaquette, souvent en pointe, avec la boutonnière garnie.

  • Pour un blazer

    cranté, comme le costume de ville dont il descend.

Ne pas confondre

Terme Ce que c’est
Revers de veste le rabat du devant de la veste, sous le col
Revers de pantalon le bas de jambe retourné vers l’extérieur (ourlet à revers)
Col la bande de tissu autour de la nuque, au-dessus de la gorge
Col montant (col mao) un col droit sans revers, qui remplace revers et col rabattu

Les erreurs qui trahissent

  • Un revers cranté sur une veste de smoking : la pièce perd sa raison d’être, et le costume noir se voit sous le nœud papillon.
  • Un revers étroit sur une carrure large, ou l’inverse : la veste paraît empruntée.
  • Une cravate beaucoup plus fine ou plus large que le revers.
  • Un revers écrasé au repassage : le roulé est cassé, le revers ne tombe plus en courbe.
  • Un revers en pointe sur une veste droite très ajustée et courte : les pointes tirent l’œil et la coupe ne suit pas.