Sommaire
  1. La frise des codes
  2. Pourquoi le costume est une tenue sobre
  3. Un homme habillé en 1920
  4. 1. Ce que dit la couleur
  5. 2. Ce que dit le revers
  6. 3. Les règles du boutonnage
  7. Les codes des tenues de cérémonie et des tissus
  8. Les livres d’histoire du costume
  9. À paraître dans le dossier
  10. Les dossiers voisins

Le dernier bouton qu’on ne ferme pas, le revers de soie du soir, le bleu marine en ville : chaque code du costume masculin a une date. Ce dossier retrace l’évolution du costume masculin à travers les siècles et explique pourquoi chaque règle existe encore. Il s’adresse à celui qui veut porter un costume en connaissance de cause et au curieux d’histoire du vêtement. L’ordre de lecture : la frise d’abord, puis trois guides, la couleur, le revers, le boutonnage.

1666
la veste de Charles II, ancêtre du gilet
1865
la première veste de dîner
1930
la « grande renonciation masculine » nommée
années 1990
le vendredi sans cravate

La frise des codes

Le tableau suit l’histoire du costume en Occident, surtout anglaise, d’où vient la plus grande part de la mode masculine moderne. Chaque ligne relie une date à une règle qui se pratique encore.

Date Ce qui change Règle encore en usage Où la lire
1666 Charles II adopte à la cour d’Angleterre une veste longue, portée sous un manteau ouvert et faite pour être vue le gilet du costume trois-pièces guide du boutonnage
fin du XVIIIe siècle les hommes abandonnent les soies de couleur et les broderies pour des tons sombres le costume sombre et uni en ville guide de la couleur
années 1810 sous la Régence, Brummell impose l’ajusté et le sobre la coupe juste plutôt que l’ornement guide de la couleur
années 1840-1850 la redingote devient la tenue de jour habillée ; l’habit à queue-de-pie n’est plus porté que le soir l’habit, tenue de la « cravate blanche » dossier des tenues de cérémonie
milieu du XIXe siècle la jaquette entre comme alternative à la redingote, qu’elle remplace au début du XXe siècle la jaquette, tenue de cérémonie de jour dossier des tenues de cérémonie
1865 Henry Poole coupe pour le prince de Galles une veste de soirée courte en soie bleue le smoking et ses revers de soie guide du revers
fin du XIXe siècle le lounge suit, vêtement de campagne et de sport, gagne la ville et remplace la redingote noire au début du XXe siècle le costume de ville d’une seule couleur guide de la couleur
1901-1910 règne d’Édouard VII, à qui l’on attribue le dernier bouton du gilet laissé ouvert ; son titre de prince de Galles passera à un carreau écossais le dernier bouton ouvert ; le prince-de-galles guide du boutonnage ; dossier des tissus
1922 Jesse Langsdorf, cravatier new-yorkais, coupe la cravate dans le biais, en trois morceaux la cravate qui tombe droit sous le nœud à paraître
1930 le psychologue John Carl Flügel nomme la « grande renonciation masculine » le sombre comme norme guide de la couleur
années 1930 le bleu nuit rivalise avec le noir pour le smoking ; revers très larges ; vogue de la veste droite à revers en pointe le bleu nuit admis le soir guides de la couleur et du revers
fin des années 1950 le chapeau quitte la tenue de ville ; revers très étroits tête nue en ville guide du revers
seconde moitié du XXe siècle le costume noir, jusque-là réservé au soir et au deuil, revient en ville le noir admis le soir sans mention guide de la couleur
années 1990 le « vendredi décontracté » se répand dans les entreprises américaines le costume sans cravate, le smart casual dossier des dress codes

Ce qui se lit dans la frise : chaque règle est le reste d’un usage. Le gilet vient d’une veste de cour, le revers de soie d’une veste d’intérieur, le dernier bouton d’un récit royal qu’on ne peut pas prouver.

Pourquoi le costume est une tenue sobre

La question de la symbolique du costume revient souvent. La réponse tient en une date : à la fin du XVIIIe siècle, les hommes de la bonne société cessent de rivaliser par la couleur et l’ornement. Flügel, en 1930, parle d’une « grande renonciation » : les hommes abandonnent la prétention à la beauté du vêtement et misent sur la coupe et le drap.

Le costume devient alors une tenue de ville, presque un uniforme, et un marqueur social discret. La distinction ne disparaît pas, elle se déplace : elle passe par l’ajustement, la qualité du drap et des matériaux, le détail du revers ou du boutonnage. C’est pourquoi les règles du costume portent sur des détails qu’un œil non averti ne voit pas : la largeur d’un revers, la soie d’un parement, le bouton qu’on laisse ouvert. Un costume dit l’heure, le lieu et le degré de formalité avant de dire le goût de celui qui le porte.

Le XXe siècle relâche ce cadre. Le lounge suit, né pour la campagne, devient le costume d’affaires, la tenue professionnelle par excellence ; le chapeau disparaît dans la seconde moitié des années 1950 ; la cravate devient facultative au bureau à partir des années 1990. Mais la hiérarchie de base tient : sombre le soir, plus clair le jour, uni en ville.

Un homme habillé en 1920

À mi-chemin de la frise, la tenue de ville d’un homme aisé tient en quelques pièces. Un costume d’une seule couleur, souvent avec son gilet : le trois-pièces est courant. Une veste droite, des revers que la mode des années 1920 aime en pointe, un pantalon large et droit. Une chemise blanche, une cravate, un chapeau dès qu’on sort.

Pour une cérémonie de jour, la jaquette a remplacé la redingote ; le soir, l’habit reste la tenue la plus habillée et le smoking gagne les dîners. Presque toutes les règles d’aujourd’hui sont déjà là, sauf une : le chapeau, qu’on ne quittait qu’à l’intérieur.

1. Ce que dit la couleur

Le bleu marine et le gris anthracite sont les couleurs de la ville ; le noir appartient au soir et au deuil ; le brun et le vert viennent de la campagne britannique ; les tons clairs sont ceux du jour et de l’été.

Ce code remonte à la sobriété de la fin du XVIIIe siècle et au lounge suit d’une seule couleur du début du XXe. Le costume de ville ne se coupait pas en noir uni : la couleur était réservée aux tenues du soir et au deuil, jusqu’au recul des tenues habillées dans la seconde moitié du XXe siècle. Le soir lui-même s’est nuancé : depuis le milieu des années 1930, le bleu nuit concurrence le noir pour le smoking.

Le guide ce que dit la couleur d’un costume donne le tableau couleur par couleur, avec l’origine, les occasions et les exceptions selon l’heure, la saison et le pays.

2. Ce que dit le revers

Le revers fixe la formalité d’une veste. Le cranté, entaillé d’une encoche en V, vient des vêtements fermés jusqu’au cou dont on rabattait le haut : c’est le revers du jour et de la ville. Le revers en pointe, celui de l’habit et de la jaquette, est plus habillé et de règle sur la veste croisée. Le châle, courbe continue, descend de la veste d’intérieur victorienne et n’apparaît que le soir.

La largeur aussi se date, au point qu’elle permet d’identifier l’époque d’une veste : très large dans les années 1930 et 1970, très étroite à la fin des années 1950 et dans les années 1960.

Le guide revers cranté, en pointe ou châle les dessine côte à côte, avec le vocabulaire du tailleur (col, cran, gorge, roulé) et la boutonnière du revers gauche.

3. Les règles du boutonnage

Sur une veste droite, le bouton du bas reste ouvert ; à trois boutons, on ferme celui du milieu ; la veste croisée reste fermée, assis comme debout ; le dernier bouton du gilet droit reste ouvert.

L’origine la plus racontée renvoie à Édouard VII, trop corpulent pour fermer le bas de son gilet. Le récit est rapporté par la maison Henry Poole, mais il passe pour une légende ; une autre explication tient à l’équitation. Ce qui est sûr tient à la coupe : la veste moderne est taillée pour que le bas s’ouvre.

Le guide pourquoi on ne boutonne jamais le dernier bouton donne le tableau modèle par modèle, du bouton unique au croisé 6×2, avec la position assise et ce qu’un boutonnage fautif fait au tombé.

Les codes des tenues de cérémonie et des tissus

Deux autres dossiers du site prolongent la frise.

Les tenues de cérémonie, de la jaquette à l’habit et au smoking gardent les codes du XIXe siècle presque intacts : la jaquette le jour, l’habit et le smoking le soir. Leur heure, leurs pièces et leurs revers de soie en viennent directement. C’est là que l’histoire du costume se voit le mieux, puisque ces tenues n’ont presque pas bougé depuis un siècle. Elles ont même passé la frontière des genres : en 1966, Yves Saint Laurent adapte le smoking à la garde-robe des femmes.

Les tissus et motifs du costume ont aussi leurs dates : le prince-de-galles associé au futur Édouard VII, les rayures du costume de ville, la flanelle et le tweed de la campagne. Le motif suit la même logique que la couleur : uni et discret en ville, plus marqué à la campagne.

Les livres d’histoire du costume

Pour approfondir l’histoire du costume, deux ouvrages font référence en français, chacun avec ses documents d’époque. Histoire du costume en Occident, de François Boucher (Flammarion, 1965, réédité et complété depuis), couvre l’évolution du vêtement de l’Antiquité au XXe siècle, illustrée par plus d’un millier de peintures, gravures et documents d’art. Des modes et des hommes, de Farid Chenoune (Flammarion, 1993), est consacré au seul vêtement masculin, sur deux siècles. Le premier sert à situer une pièce dans le temps ; le second, à comprendre la mode masculine moderne, celle dont viennent les règles de ce dossier.

À paraître dans le dossier

Deux guides complèteront la frise : l’histoire de Savile Row, la rue londonienne du sur-mesure, et des maisons historiques comme Henry Poole ; l’origine de la cravate, du foulard des mercenaires croates que la cour de Louis XIV adopte au XVIIe siècle à la cravate coupée dans le biais des années 1920.

Les dossiers voisins