Sommaire
Super 100 ou 150, flanelle ou tweed, prince-de-galles ou rayure craie : un drap se reconnaît à son fil, à son armure et à son poids, et chacun a ses occasions. Ce dossier s’adresse à l’homme qui choisit un costume, en prêt-à-porter ou sur mesure, et veut comprendre la matière qu’il touche avant de la porter. L’ordre de lecture suit celui du choix : le drap d’abord, le motif ensuite, puis l’occasion et la carrure.
Le tableau des draps et des motifs
Le tableau croise chaque drap et chaque motif avec la saison, le niveau de formalité, le terrain (ville ou campagne) et la taille de motif qui lui convient. Il donne l’usage courant de la tradition britannique et française, pas une loi.
| Drap ou motif | Saison | Formalité | Ville ou campagne | Taille du motif |
|---|---|---|---|---|
| Laine peignée unie | Toute l’année, selon le grammage | La plus formelle | Ville, bureau, cérémonie en costume | Sans motif |
| Flanelle | Automne et hiver | Moyenne | Ville et campagne | Unie ou rayure craie |
| Tweed | Hiver | Faible | Campagne, week-end | Souvent large et chiné |
| Coton | Été | Faible | Ville l’été, week-end | Uni ou petit motif |
| Lin | Été | Faible | Ville l’été, campagne, mariage de jour en extérieur | Uni le plus souvent |
| Rayure tennis | Toute l’année | Haute | Ville, bureau | Fine et serrée en ville |
| Rayure craie | Automne et hiver | Haute à moyenne | Ville | Écartement moyen à large |
| Prince-de-galles | Toute l’année, selon le drap | Moyenne | Ville en petit motif gris, campagne en grand motif brun | Petit à moyen en ville |
| Pied-de-poule | Automne et hiver | Moyenne à faible | Ville en très petit, campagne en grand | Du plus petit au plus large |
| Chevron | Automne et hiver | Moyenne | Ville et campagne | Discret à moyen |
Trois règles se lisent dans ce tableau :
- Plus le motif est petit et peu contrasté, plus le costume est habillé. Un prince-de-galles gris à petit rapport se porte au bureau ; le même dessin en grand, brun et crème, appartient à la veste de campagne.
- Le brun et le chiné vont à la campagne. L’adage britannique « no brown in town » réservait le brun au week-end ; il s’est assoupli, mais un tweed brun reste une tenue de campagne.
- Aucun motif ne remplace une tenue de cérémonie : jaquette, habit et smoking ont leurs propres draps.
Lire un drap : le fil, l’armure, le poids
Avant le motif, le drap. Trois mentions le décrivent.
Le fil. La laine peignée est faite de fibres longues, peignées pour être parallèles : son fil est lisse et net, c’est le drap du costume de ville. La laine cardée garde des fibres plus courtes et emmêlées : son fil est plus gonflant, plus chaud, et donne la flanelle et le tweed.
L’armure, c’est la façon dont les fils de chaîne et de trame se croisent :
- la toile, un fil dessus, un fil dessous : un drap net et aéré, fréquent en été ;
- le sergé, qui décale le croisement à chaque rang et dessine une diagonale : c’est l’armure de la plupart des draps de costume, et celle qui fait naître le pied-de-poule et le prince-de-galles ;
- le chevron, un sergé dont la diagonale change de sens à intervalle régulier.
Le poids, ou grammage, se lit en grammes par mètre carré : un drap léger pour l’été, un drap plus lourd pour l’hiver et pour une veste qui doit tenir sa forme : le poids donne de la structure à la coupe et un pli net au pantalon.
La matière compte aussi. La laine domine le costume classique ; la soie ou le mohair entrent parfois en mélange pour la brillance, le coton et le lin pour l’été.
Les draps qui déçoivent ont souvent un point commun : une composition qui mêle beaucoup de fibres synthétiques, qui brillent et gardent la chaleur, ou à l’inverse une laine si fine qu’elle ne supporte pas le port quotidien.
1. La mention Super : une finesse, pas une note
Sur une étiquette, « Super 120’s » ne note pas la qualité : il donne le diamètre moyen maximal de la fibre de laine, fixé par l’International Wool Textile Organisation. Un Super 100 ne dépasse pas 18,75 µm, un Super 120 17,75 µm, un Super 150 16,25 µm ; chaque palier de 10 retire un demi-micron.
Une fibre plus fine donne un drap plus doux et plus fluide, et plus fragile : il se froisse et s’use plus vite. Pour un costume porté chaque jour, un Super 100 à 120 suffit ; les Super 150 et au-delà se gardent pour les occasions. La table complète, les valeurs fausses qui circulent et le choix selon l’usage sont dans notre page sur la mention Super 100, 120 ou 150.
2. Le prince-de-galles : le carreau de la ville
Le prince-de-galles est un carreau écossais tissé en sergé, fait de bandes de pied-de-poule (4 fils foncés, 4 clairs) alternées avec des bandes de lignes fines (2 et 2), souvent sous un fil de couleur qui trace un grand carreau. Né sur le domaine de Glen Urquhart dans les années 1840, il doit son nom à deux princes de Galles, les futurs Édouard VII et Édouard VIII.
En petit motif gris, c’est l’un des rares carreaux qui passent au bureau, en costume deux-pièces ou trois-pièces, droit ou croisé (à double boutonnage). Il se porte avec une chemise unie et une cravate unie ou à petit motif. La planche du motif décomposé, sa fiche et le tableau des accords sont dans la fiche du prince-de-galles.
3. Rayure tennis ou rayure craie
Deux rayures dominent le costume, le plus souvent sur un fond bleu marine ou gris. La rayure tennis est un seul fil clair, net, d’environ 0,85 mm. La rayure craie est un trait plus large aux bords flous, tissé avec plusieurs fils, surtout sur la flanelle. Leur nom ne dépend pas de l’écartement, qui va de 2,5 à 25 mm pour la rayure tennis ; c’est lui, en revanche, qui règle la formalité : plus il est serré, plus le costume est habillé.
La rayure a aussi une histoire, des banques londoniennes du XIXe siècle aux financiers de cinéma. La planche à l’échelle et le tableau des occasions sont dans le guide du costume rayé.
Les autres draps et motifs du dossier
D’autres pages rejoindront ce dossier. En attendant, l’essentiel :

- La flanelle : un drap doux et duveteux, longtemps tissé en laine cardée, plus chaud que la laine peignée ; le drap d’hiver par excellence, uni gris ou à rayure craie.
- Le tweed : une laine épaisse et rugueuse, née en Écosse et en Irlande, tissée en toile, en sergé ou en chevron. Il se porte surtout en veste sport, avec un pantalon uni. Son nom vient de « tweel », le mot écossais pour sergé. Le Harris Tweed est protégé par une loi britannique de 1993 : tissé à la main dans les Hébrides extérieures, en laine vierge.
- Le lin : une fibre végétale, fraîche l’été, qui froisse vite ; on l’accepte pour ce qu’il est.
- Le pied-de-poule : un motif né du sergé, avec 4 fils foncés et 4 clairs en chaîne et en trame ; on le dit pied-de-coq en grand et pied-de-puce en très petit.
- Le chevron : un sergé dont la diagonale s’inverse ; il se voit de près et disparaît à distance, ce qui en fait un motif discret, confortable à porter du bureau au week-end.
La taille du motif selon la carrure
Un motif se lit par rapport au corps qui le porte : la règle est la proportion. Un micro-motif sur une grande carrure fait paraître le corps plus large, par contraste ; un grand carreau sur une silhouette menue l’écrase.
Si vous êtes de forte carrure
des rayures verticales ou un carreau assez large ; évitez les micro-motifs.
Si vous êtes grand et mince
un carreau moyen à large, ou une rayure craie espacée ; les très petits carreaux soulignent la taille.
Si vous êtes mince et de taille moyenne
un carreau moyen, une rayure tennis à écartement moyen.
Si vous êtes petit
un motif vertical, ou un carreau plus haut que large, qui allonge.
L’erreur courante : choisir le motif sur un échantillon de dix centimètres. Demandez à voir le drap sur une veste, ou au moins sur un métrage d’un mètre, à deux ou trois pas.
Les dossiers voisins
Les dossiers voisins
- Choisir son costume
Couleur, coupe, tissu et taille, dans l’ordre où ils se décident.
- Histoire du costume
D’où viennent les codes du costume masculin.
- Chemise et cravate
Les accords de couleur et de motif sous la veste.
- S’habiller pour un mariage
Le costume du marié, du témoin et des invités, selon la saison.
- Dress code
Ce qu’exige chaque mention d’un carton d’invitation.
