Sommaire
En bref
Le prince-de-galles est un carreau écossais tissé en sergé : des bandes de pied-de-poule (4 fils foncés, 4 fils clairs) alternent avec des bandes de lignes fines (2 et 2), en chaîne comme en trame, souvent sous un fil de couleur qui trace un grand carreau. Né sur un domaine des Highlands au XIXe siècle, il doit son nom à deux princes de Galles qui l’ont porté. Avec un costume prince-de-galles : une chemise unie et une cravate unie ou à petit motif.
En anglais, on dit Glen Urquhart check, glen check ou Prince of Wales check. C’est l’un des carreaux les plus portés en ville, et l’un des motifs de notre dossier sur les tissus et les motifs du costume.
La fiche du motif
| Propriété | Valeur |
|---|---|
| Noms | prince-de-galles ; en anglais Glen Urquhart check, glen check, Prince of Wales check |
| Famille | district check écossais (carreau de domaine), dérivé du shepherd’s check des bergers |
| Armure | sergé 2/2, la même armure que le tartan |
| Construction | bandes de 4 fils foncés et 4 clairs, alternées avec des bandes de 2 et 2, en chaîne et en trame |
| Sur-carreau | fréquent : un fil de couleur (bleu, rouge, brun) qui dessine un grand carreau fenêtre |
| Couleurs d’origine | bleu et blanc, puis noir et blanc |
| Couleurs courantes aujourd’hui | gris moyen à fil bleu ciel ; gris et noir ; brun et crème |
| Draps habituels | laine peignée (costume de ville), flanelle, tweed (veste de campagne) |
| Origine | domaine de Glen Urquhart, près d’Inverness, années 1840 |
| Formalité | costume de ville en petit motif gris ; veste sport en grand motif brun |
La construction est la clé : le pied-de-poule n’est pas ajouté au carreau, il naît du croisement de 4 fils foncés et 4 fils clairs dans un sergé. Le sur-carreau, lui, est facultatif : sans lui, on parle plutôt de glen check.
Le motif décomposé

Sur un drap prince-de-galles, quatre zones se répètent.
- Le pied-de-poule : là où les bandes de 4 et 4 se croisent, chaîne et trame. C’est la « dent » du motif, le petit losange dentelé.
- Les lignes fines : là où les bandes de 2 et 2 se croisent. Elles forment un quadrillage serré, en escalier.
- Les zones croisées : 4 et 4 dans un sens, 2 et 2 dans l’autre. Elles donnent des rayures dentelées qui relient les blocs de pied-de-poule.
- Le sur-carreau : un fil de couleur, posé dans la bande de lignes fines, qui trace un grand carreau fenêtre par-dessus.
Vu de loin, ces zones se fondent en un grand carreau gris, plus sombre aux angles. Vu de près, chaque pied-de-poule se lit, et l’on comprend l’art du dessin : deux ordres de fils suffisent à produire trois textures.
L’échelle change le sens du motif. Un rapport petit, gris, à peine contrasté, se lit presque uni à distance : c’est le prince-de-galles du costume de ville. Un rapport large et très contrasté se voit de loin : il appartient à la veste de campagne et au manteau.
D’un domaine écossais au prince de Galles
L’histoire commence avec les tartans. Lors de la visite de George IV à Édimbourg en 1822, les chefs de clan sont priés de porter leurs couleurs, et le tartan devient la marque d’un clan. Les propriétaires de domaines sans tartan de clan font tisser pour leurs employés (gardes-chasse, forestiers) des carreaux plus discrets, les district checks, sur la base du shepherd’s check des bergers des Cheviot Hills.
Le carreau de Glen Urquhart, une vallée qui débouche sur le loch Ness, en fait partie. Le registre écossais des tartans le rattache au domaine de Glenurquhart et à la comtesse de Seafield, dans les années 1840 ; d’autres historiens l’attribuent à Elizabeth MacDougall, qui en aurait donné le dessin à un tisserand en 1848.
Le nom royal vient ensuite. Le titre de prince de Galles revient à l’héritier du trône britannique, et deux héritiers, tous deux Edward en anglais, ont attaché ce titre au motif, qui n’a pourtant rien de gallois. Le futur Édouard VII, chasseur assidu en Écosse, porte une variante brun-rouge bordée de bleu marine ; le motif se répand après son couronnement, en 1902, et ses variantes se multiplient dans les années 1930. Dans les années 1920, le futur Édouard VIII, alors prince de Galles, porte le carreau en ville, avec des fils de couleur ajoutés : le tissu prend son nom. Le cinéma américain fait le reste, avec le costume gris de Cary Grant dans « La Mort aux trousses » (1959).
Le reconnaître parmi les carreaux
Trois questions suffisent devant un drap : voit-on du pied-de-poule ? Y a-t-il des zones de lignes fines entre les blocs ? Un fil de couleur trace-t-il un grand carreau ? Deux oui, c’est un glen check ; trois oui, c’est un prince-de-galles au sens strict.

| Motif voisin | Ce qu’on voit | Ce qui le sépare du prince-de-galles |
|---|---|---|
| Pied-de-poule | une seule dent répétée, sans autre zone | Pas de lignes fines ni de grand carreau |
| Shepherd’s check | un petit damier régulier, bandes égales | Une seule taille de bande |
| Gun club | un shepherd’s check à deux couleurs de bandes | Pas d’alternance 4 et 4, 2 et 2 |
| Carreau fenêtre | de fines lignes sur un fond uni | Le fond est uni : ni pied-de-poule ni lignes fines |
| Tartan | des bandes larges de plusieurs couleurs | Couleurs vives, dessin attaché à un clan, pas de pied-de-poule |
| Glen check | le même motif | Sans fil de sur-carreau |
L’erreur courante : appeler « prince-de-galles » tout carreau gris. Sans pied-de-poule, c’est un autre carreau.
Comment le porter
Le motif porte déjà deux échelles, le petit pied-de-poule et le grand carreau. La règle : chemise et cravate restent unies ou prennent un motif d’une taille nettement différente.
| Costume | Chemise | Cravate | Ce que nous prendrions |
|---|---|---|---|
| Prince-de-galles gris, petit motif | blanche ou bleu ciel, unie | bleu marine ou bordeaux unie, tricot | Chemise blanche, cravate marine unie |
| Gris à sur-carreau bleu | bleu ciel unie | reprend le bleu du sur-carreau, unie ou à petit motif | Cravate de la couleur du fil |
| Brun ou beige, grand motif (veste) | écrue, oxford, ou petit carreau | laine ou tricot, vert, brun, rouille | Avec un pantalon uni, en flanelle |
| Noir et blanc contrasté | blanche unie | noire ou gris anthracite unie | Rien d’autre à motif |
Quelques règles de port :
- En ville et au bureau : petit motif, gris, en laine peignée. Il passe pour un costume sombre à distance.
- À la campagne ou le week-end : grand motif brun ou beige, en flanelle ou en tweed, en veste plutôt qu’en costume.
- Pour une cérémonie : un prince-de-galles gris discret convient à un mariage de jour en tenue de ville ; il ne remplace ni la jaquette ni le smoking.
- La saison suit le drap : peigné léger au printemps, flanelle et tweed l’hiver.
L’erreur qui brouille la tenue : un costume prince-de-galles, une chemise à carreaux et une cravate à carreaux, trois motifs de la même taille. L’œil ne sait plus où se poser. Gardez un seul carreau par tenue, le reste uni. La même règle vaut pour le costume rayé : un seul motif fort à la fois.
Questions fréquentes
Pourquoi dit-on prince de Galles ?
Parce que deux princes de Galles, les futurs Édouard VII et Édouard VIII, l’ont porté et rendu célèbre. Le motif lui-même est écossais.
De quelle couleur est le prince-de-galles ?
D’abord bleu et blanc, puis noir et blanc. Aujourd’hui, le plus courant est le gris moyen, souvent avec un fil de sur-carreau bleu ciel ; le brun et crème se porte en veste.
Quelle différence avec un tartan ?
Le tartan croise des bandes larges de plusieurs couleurs et se rattache à un clan. Le prince-de-galles reste en deux tons, et ses bandes de 4 et 4 fils font apparaître du pied-de-poule.
