Sommaire
  1. Les trois coupes, détail par détail
  2. La coupe anglaise : structurée et cintrée
  3. La coupe italienne : l’épaule naturelle de Naples
  4. La coupe américaine : le sack suit
  5. Droit ou croisé : le boutonnage dans chaque école
  6. École de coupe et fit, deux choses différentes
  7. Le pantalon qui va avec chaque coupe
  8. Quelle coupe pour quelle morphologie
  9. Lire une veste en cabine

En bref

Une veste se lit d’abord par son épaule. La coupe anglaise a une épaule construite, une taille marquée et deux fentes dans le dos. La coupe italienne, dans sa version napolitaine, a une épaule naturelle sans épaulette, une manche montée comme celle d’une chemise et des poches souvent plaquées. La coupe américaine, le sack suit, tombe droit, sans pince, avec une fente centrale. Le fit (ajusté, classique, confort) est une autre question : il se choisit à l’intérieur de chaque école.

Les trois coupes, détail par détail

Trois vestes dessinées de face et de dos : coupe anglaise à épaule construite et deux fentes, coupe napolitaine à épaule naturelle et poches plaquées, coupe américaine droite à fente centrale
Les trois écoles de face et de dos : épaule construite et deux fentes (anglaise), épaule naturelle et poches plaquées (napolitaine), coupe droite et fente centrale (américaine). · Photo: Schéma comparé des coupes anglaise, italienne et américaine, La rédaction de Tenue de Rigueur, Propriété de l’éditeur

Les trois écoles de coupe se reconnaissent à cinq endroits de la veste : l’épaule, la taille, le dos, les poches et le boutonnage. Le tableau donne leur forme type ; chaque atelier interprète la sienne.

Détail Coupe anglaise Coupe italienne (napolitaine) Coupe américaine (sack)
Épaule construite, rembourrée, tête de manche légèrement relevée naturelle, sans épaulette, manche froncée comme une chemise naturelle, peu rembourrée
Taille nettement cintrée cintrée, veste plus courte droite, sans pince devant
Dos deux fentes latérales deux fentes, ou aucune une fente centrale
Poches à rabat, souvent inclinées, parfois une poche ticket plaquées, poche poitrine courbe en barchetta à rabat, droites
Boutonnage un ou deux boutons, haut placé deux boutons, ou trois roulés sur deux trois boutons roulés sur deux
Doublure et toile toile ferme, doublure complète toile légère, doublure réduite toile souple

Pour un homme qui achète son premier costume, le repère le plus sûr reste l’épaule : il suffit de regarder la jonction entre le haut de la manche et l’épaule, de face, pour savoir à quelle école la veste appartient.

La coupe anglaise : structurée et cintrée

La coupe anglaise vient des tailleurs de Savile Row, à Londres, dont une bonne part du métier s’est construite au XIXe siècle sur l’uniforme militaire et la tenue d’équitation. Il en reste une veste nette, à la carrure affirmée.

  • L’épaule est construite : une épaulette donne une ligne droite, et la tête de manche est légèrement relevée au-dessus de l’épaule.
  • La taille est marquée, ce qui dessine une silhouette en sablier, épaules larges et taille fine.
  • Le dos porte deux fentes latérales, héritées de la monte à cheval : elles laissent la veste s’ouvrir sur la selle sans se froisser.
  • Les poches sont à rabat, souvent inclinées (dites « hacking », pour être atteintes à cheval), avec parfois une petite poche ticket au-dessus de la poche droite.

C’est la coupe la plus formelle des trois, celle qui garde sa forme sur un tissu lourd (flanelle, tweed, serge de laine) et dans les cérémonies. Elle accepte volontiers le gilet assorti du costume trois-pièces, et un col de chemise assez haut pour remplir l’encolure de la veste.

La coupe italienne : l’épaule naturelle de Naples

L’Italie a plusieurs écoles. La plus reconnaissable est celle de Naples, dont les tailleurs ont allégé la veste anglaise au XXe siècle pour un climat chaud : moins de rembourrage, moins de toile, moins de doublure.

Un homme cadré du torse aux cuisses, main dans la poche d’une veste pied-de-poule souple à poche plaquée, sur un pantalon beige.
Une veste souple à poche plaquée, cousue sur le devant : un détail typique de la veste napolitaine. · Photo: Veste souple à poche plaquée, MART PRODUCTION, Pexels License
  • L’épaule n’a pas d’épaulette. Sur la version la plus souple, la manche est montée comme celle d’une chemise, avec de petites fronces visibles à la couture : c’est l’épaule napolitaine, ou spalla camicia. Pour une veste plus habillée, un petit boudin de rembourrage, le rollino, relève légèrement la tête de manche.
  • La poche poitrine est courbe, en forme de petite barque : la barchetta.
  • Les poches de côté sont souvent plaquées, cousues sur la veste.
  • La veste est plus courte et cintrée, le revers roule souvent sur le deuxième bouton.

Ce style se prête aux tissus légers, lin, laine fine ou mélanges de soie, et aux occasions de jour : une veste napolitaine bleu marine en laine légère fait un costume d’été d’homme qui ne pèse pas.

Milan et Rome taillent des vestes plus construites, plus proches de l’anglaise, avec une épaule plus nette et une toile plus ferme. On parle alors de coupe milanaise ou romaine. Quand une boutique parle de « coupe italienne » sans préciser, elle désigne le plus souvent une veste ajustée et courte, ce qui ne dit rien de l’épaule.

La coupe américaine : le sack suit

La coupe américaine naît au début du XXe siècle avec le sack suit, costume de prêt-à-porter lancé vers 1900 par une maison de New York. Elle est pensée pour aller au plus grand nombre sans essayage.

  • L’épaule est naturelle, peu ou pas rembourrée.
  • Le devant n’a pas de pince : la veste tombe droit de l’aisselle à l’ourlet, sans cintrage.
  • Le dos porte une seule fente centrale.
  • Le boutonnage compte trois boutons, le revers roulant sur le deuxième : on dit « trois roulés sur deux ».

C’est la coupe la plus confortable et la moins sculptée, celle qui va le mieux à une morphologie sans taille marquée. Sa souplesse vient aussi de la toile, plus légère que celle d’une veste anglaise, et de l’épaule, qui suit la vôtre au lieu de la redessiner. Elle a habillé les universités de la côte Est et le style Ivy League, le plus souvent dans un tissu de laine grise ou bleu marine, avec une cravate rayée et un col de chemise boutonné.

Droit ou croisé : le boutonnage dans chaque école

Les trois écoles se taillent en simple boutonnage, la forme la plus courante. Le double boutonnage, ou veste croisée, se rencontre surtout dans les deux écoles européennes.

  • En coupe anglaise, la veste croisée a le plus souvent six boutons dont deux se ferment, des revers en pointe et une ligne très structurée. Elle se porte toujours fermée.
  • En coupe napolitaine, la croisée garde l’épaule naturelle et une toile souple ; elle paraît moins rigide et se porte plus volontiers en veste dépareillée.
  • En coupe américaine, la croisée est rare : le sack suit est un costume droit, et c’est le blazer croisé de la marine qui fait exception.

Une veste croisée demande une taille juste : trop large, ses pans se chevauchent en formant des plis ; trop étroite, les boutons tirent.

École de coupe et fit, deux choses différentes

L’école décrit la construction de la veste : épaule, toile, fentes, poches. Le fit décrit son ajustement au corps :

  • ajusté (slim) : poitrine et taille près du corps, manches étroites ;
  • classique (regular) : de l’aisance à la poitrine, une taille légèrement marquée ;
  • confort : une coupe droite et ample, souvent associée à un drop faible.

Une veste anglaise peut être ajustée, une veste napolitaine peut être classique : le style de l’école et le confort du fit se choisissent séparément. Sur une étiquette de prêt-à-porter, « coupe italienne » et « slim » sont souvent employés l’un pour l’autre ; dans un atelier, la question porte sur l’épaule et le cintrage, séparément. Le fit dépend aussi de la taille de costume choisie et du drop, l’écart entre la taille de la veste et celle du pantalon.

Le pantalon qui va avec chaque coupe

Le pantalon suit la veste. Un pantalon trop étroit sous une veste anglaise ample, ou trop large sous une napolitaine courte, casse la silhouette du costume.

Coupe de veste Pantalon type
Anglaise taille haute, une ou deux pinces, pattes de serrage ou bretelles, jambe droite
Napolitaine taille haute, une ou deux pinces, jambe fuselée, souvent un revers au bas
Américaine taille naturelle, devant plat sans pince, jambe droite et ample

La longueur suit la même logique : une cassure légère sur une jambe droite, aucune cassure ou presque sur une jambe fuselée. Le revers en bas du pantalon (le « turn-up » anglais) alourdit la jambe et l’aide à tomber ; il se pose sur un pantalon de jour, jamais sur un pantalon de smoking.

Quelle coupe pour quelle morphologie

Morphologie Coupe qui aide Pourquoi
Épaules tombantes ou étroites anglaise l’épaule construite redresse la ligne
Épaules larges, taille fine napolitaine ou anglaise ajustée l’épaule naturelle n’ajoute pas de carrure ; le cintrage suit la taille
Ventre présent américaine ou classique, deux boutons une veste droite ne tire pas au bouton
Petite taille napolitaine courte, boutonnage bas une veste plus courte allonge la jambe ; un costume d’une seule couleur allonge la silhouette
Grande taille, mince anglaise cintrée, deux fentes le cintrage et les fentes donnent du volume au buste

Ces repères orientent l’essayage ; ils ne le remplacent pas. Une morphologie qui sort de toutes les cases trouve sa coupe en demi-mesure ou en grande mesure, où l’épaule et le cintrage se règlent séparément. Une épaule qui tombe au bout de la vôtre compte plus que l’école de la veste.

Lire une veste en cabine

  1. De face, l’épaule : une ligne droite et nette (anglaise), une manche qui fronce légèrement (napolitaine), une épaule douce sans relief (américaine).
  2. De dos, les fentes : deux, une ou aucune.
  3. La poche poitrine : droite ou en barchetta.
  4. Le devant : une pince verticale sous la poche de poitrine signale un cintrage ; son absence, une coupe droite.
  5. Le boutonnage : où roule le revers, sur quel bouton.

Cinq regards suffisent à dire d’où vient une veste avant même de lire l’étiquette. La coupe se décide après la couleur et avant la taille, dans l’ordre de notre guide pour choisir un costume.